Santa Conception De Esperanza

Le plus grand navire jamais conçu
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 Aux origines du Santa Conception de Esperanza

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Dacío Eneas
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Messages: 21
Date d'inscription: 23/08/2007

MessageSujet: Aux origines du Santa Conception de Esperanza   Dim 26 Aoû - 11:38

1813. Dans les océans du sud, la piraterie s'essouffle. Les forces de tous les empires s'organisent pour prendre en chasse et détruire l'un après l'autre les bateaux pirates. Les navires marchands - de plus en plus nombreux - sont désormais escortés par plusieurs corsaires avides de sang hors-la-loi. A l'exception de quelques-uns, bien armés et expérimentés, les capitaines au service d'une courrone se regroupent tous, et les vaisseaux pirates, au lieu d'un ou deux navires en face d'eux, se retrouvent à un contre dix. Les eaux sont de plus en plus sûres, au grand bonheur des commerçants. De maîtres des océans, les pirates sont passés à gibiers faciles.
L'industrie navale entière se reconvertit dans la construction de navires de combats ; on estime que si aucun navire marchand n'est coulé - grâce à une escorte importante - il y en aura assez pour ne plus en construire.
Alors, les états font de grandes campagnes pour leur armée navale, les Corsaires se multiplient. Sur dix vaisseaux que l'on croise dans n'importe quel océan, neuf sont des navires corsaires ou militaires. Le dixième étant soit un navire pirate, soit un navire marchand.

C'est au beau milieu de ces heures sombres que surgit du néant le capitaine Dacío Eneas.
C'est une nuit de sa trente-cinquième année, encore assez jeune mais expérimenté, propriétaire d'un vaisseau bien armé et employeur d'une cinquantaine de pirates, qu'il entre dans l'une des plus grandes tavernes de l'Île de la Tortue, dernier bastion des frères de la côte, âprement défendue par une petite flotte et deux cent canons.
Dacío Eneas était de fort méchante humeur. Pour tout vous dire, il sortait de treize jours de poursuite, faisant office de proie pour trois corsaires anglais, rejoints au huitième jour par un quatrième. Le neuvième jour, il avait abordé et coulé ce dernier, mais faute de temps, les trois premiers chasseurs le rejoignant, il n'avait pu le piller.
Tout cela expliquait bien son regard noir et ses vêtements un peu déchirés, voire brûlés à certains endroits.
Passons les détails, mais toujours est-il que Dacío Eneas avait une vision très correcte de l'état de la piraterie en ce temps. Il savait qu'à moins d'un coup d'éclat, d'une action bénéfique à tous les pirates, aucun ne survivrait plus d'un an en mer. Vers le milieu de la nuit, à une table emplie de vieux amis capitaines déjà bien ivres, Dacío, resté muet à réfléchir sombrement, se leva et, à l'attention de tous ces capitaines connus et influents, il fit une annonce comme quoi ceux qui souhaitaient survivre, renverser la situation, construire et avoir une place dans le nouveau monde de la piraterie pouvaient le rejoindre sur l'île d'Esperanza, à une semaine de voyage de là.
Sur ces mots, Dacío Eneas sortit à grands pas de la taverne et rejoint son navire qui, une heure après, appareillait pour l'île d'Esperanza.

Esperanza était une petite île, pas insignifiante, mais assez pour que les Espagnols qui en étaient propriétaires ne jugent nécessaire de la fortifier ou d'y établir une garnison. Elle avait été réaménagée il y a quelques années par quelques pirates - Amis de Dacío d'ailleurs - qui s'y étaient installés. Ils y avaient bâtis un petit fort auquel attenait un petit port, et Esperanza était pour le petit réseau qui connaissait l'île vite devenue un lieu d'escale important.
Dacío Eneas arriva sur l'île, dont en ces temps incertains le port était vide, et alla vite trouver ses amis dirigeant la petite communauté de forbans pour leur expliquer son plan.
Tout le monde fut enthousiasmé par ce qu'il projetait de faire, et les travaux commencèrent sur le champ. Les forêts de l'île furent rasées entièrement, une gigantesque cale sèche fut mise en place, et lorsque les premiers bateaux de curieux commencèrent à arriver, ils restèrent. Certains choisirent de ne pas participer et repartirent sur-le-champ, mais ils racontèrent ce qui se tramait sur l'île d'Esperanza autour d'eux, ce qui amena encore de nouveaux équipages. Fort heureusement, pendant toute la durée des travaux, aucun corsaire du Roy ne vint autour d'eux.

Neuf mois plus tard, le jour du lancement, sous la direction de Dacío Eneas, les hommes se répartirent dans le navire. Car c'était là toute l'idée de Dacío : Construire et faire naviguer le plus grand vaisseau pirate qui ait jamais été conçu. Pour le faire naviguer, seules trois cent personnes étaient nécessaires, en comptant les charpentiers et les machinistes. Mais pour le transformer en la plus grande machine de combat des mers, il fallait pas moins de deux mille hommes. En fait, aujourd'hui, à l'apogée de sa puissance, le Santa Conception de Esperanza abrite trois mille pirates ; là où les navires standards étaient habités par cent à deux cent hommes. Cela se comprenait par le fait que le Santa Conception abritait un port en lieu et place de la cale, des machines effrayantes pour le faire avancer et plusieurs mats en cas de besoin.

Pour lancer le navire en mer, il fut décidé que les équipages spectateurs pousseraient le navire tandis que d'autres bateaux, en mer, le tiraient au moyen de câbles. Il fallut pas moins d'une demi-journée pour pousser le Santa Conception De Esperanza dans les eaux. Au préalable, le port de l'île avait été creusé pour permettre au navire de ne pas s'échouer dans le sable du fond. C'était là l'un de ses principaux défauts : Le bateau ne pouvait pas s'approcher des côtes, sa quille étant plus profonde qu'aucun autre navire. Et pour cause ! Quatre ponts, trois-cent vingt mètres de long, trente de large, soixante de haut ! A la place de la coque, un port où pouvaient faire escale huit navires pirates !
Une oeuvre si démente qu'aucun corsaire royal n'y crut, et c'est seulement deux semaines après le début de l'activité du Santa Conception de Esperanza que les empires du monde eurent la preuve de la terrible existence du navire dans leurs eaux.
Pourquoi si longtemps, alors que les navires corsaires étaient plus nombreux que jamais et écumaient les eaux ? Parce qu'il n'y avait jamais assez de survivants aux attaques du Santa Conception...
Peut être à cause des cinq-cent canons du navire, ou peut être aussi à cause de la flotte qui croisait à ses côtés et dépendait entièrement de lui. Peut être aussi à ses milliers de combattants et à sa vitesse rapide malgré son poids, grâce aux machines. En tout cas, il fallut que le Santa Conception de Esperanza pillone et rase entièrement la ville anglaise de Canterbury, et dans la foulée la ville française de Calais, pour que l'on prenne sa menace au sérieux.
L'ampleur gigantesque du projet de Dacío Eneas ne fut jamais réellement bien mesurée. Le capitaine avait pris conscience avant la majorité de ses confrères de l'opportunité qu'offrait la révolution industrielle de son monde. Grâce au chantier de l'île d'Esperanza, qui attira un bon millier de personnes, il put se mettre en relation avec des machinistes rénégats, des mécaniciens doués mais qui avaient décidés de devenir riche en bossant pour des pirates. Ces as de la mécanique eurent tôt fait de dresser les plan de la plus ambitieuse machine à vapeur de leur temps. Une salle des machines recouverte de leviers, de cadrans et de boutons...

En temps de paix, la création d'un tel bateau eut anéanti n'importe quelle armada, n'importe quel bateau ennemi. Malheureusement, le Santa Conception de Esperanza fut la cible de nombreuses attaques :

- L'Alliance Militaire et Commerciale des Marchands d'Europe, plus couramment appelée AMCOME, existait bien avant la naissance de Dacío Eneas, commandant du Santa Conception. C'est un regroupement extrèmement puissants d'armateurs, de marchands, d'anciens généraux ou de riches aventureux qui arment et font construire plusieurs dizaines de bateaux par ans. On dit qu'avec tous les hommes qu'elle emploie, l'AMCOME pourrait occuper un état de taille moyenne. Organisation entièrement indépendante, elle ne sert que sa propre cause : Défendre les bateaux commerçants qui croisent dans toutes les eaux du globe ; et en cas de sérieuse menace, s'unir contre l'ennemi. Comme la haine des pirates est un point commun à tous les membres de l'AMCOME, tous ses navires ont ordre de ne patrouiller que par groupe de dix, et en cas de contact avec le Santa Conception... L'éliminer par tous les moyens.

- A leur fière Armada Rouge, les plus grandes nations d'Asie ont toutes donnés nombre d'hommes, charpentiers et soldats, machinistes, navires et fonds. L'Armada Rouge, créé à cause du Santa Conception de Esperanza, n'a qu'un seul but : Détruire entièrement et éliminer tous les membres d'équipage du SCDE. L'Armada Rouge est une flotte d'entre trois cent et cinq cent bateaux. Très puissante, mais n'a que de rares contacts avec le Santa Conception : Comme on ne sait jamais vraiment où il est, l'Armada est éparpillée dans toutes les mers du globe. Comme elle oeuvre dans l'intérêt de tous, les ports de tous les continents lui permettent de faire escale.

- Toutes les associations de combattants déstinés à détruire le Santa Conception ne sont pas recensées. Il y a aussi toutes les villes qui ont ordre de tirer à vue sur le bateau ; tous les navires indépendants qui entreprennent des actions commandos...

Malgré toutes ces menaces, le Santa Conception de Esperanza bénéficie du soutien unanime de tous les pirates. Les ennemis du navire l'ont surnommés "Amok", terme océanique qui décrit l'action de tuer le plus de gens possibles avant de mourir pour ne pas entamer le "grand voyage" seul. Ce mot a été repris très fièrement par l'équipage du navire, et il n'est pas rare de l'entendre en guise de cri de guerre.
Ainsi, le navire n'est pas à l'abri de toute menace, mais il est bien armé pour survivre...

Plus que sa puissance, c'est sa taille et l'ampleur du projet qui séduisit les hors-la-loi de la mer.
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Dacío Eneas
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MessageSujet: Re: Aux origines du Santa Conception de Esperanza   Mer 13 Aoû - 13:03

Cette nuit-là, la taverne principale de l'ile de la tortue, le bastion flibustier des antilles, ne désemplissait pas. Ce n'était pas une joyeuse beuverie accompagnée de chansons populaires, non ! Cette nuit-là, comme depuis des mois, les pirates buvaient pour oublier. Des regards maussades, des têtes baissées, et très peu d'enthousiasme. Depuis quelques temps, les marines de guerres se font plus nombreuses. Mieux armées. Plus âpres. Gagner son pain quotidien était devenu un défi à l'issue incertaine. A une table du fond de la taverne, qui leur était réservée, quelques vieux camarades cherchent le réconfort dans la boisson. Il y a là cinq vieux capitaines, des pirates expérimentés. Tous se connaissent, et il ne manque qu'un seul homme à leur réunion pour que les vétérans soient au complet.

« Maintenant, c'est sûr.
- Qu'est-ce qui est sûr ? »

L'œil torve, les capitaines se regardent. Comme tous les pirates ces derniers temps, ils ont envie de s'enfoncer un pistolet dans la bouche et d'appuyer sur la détente. Leurs discussions ne rompent en rien la monotonie ambiante.
« Ce qui est sûr, c'est qu'on en a plus pour longtemps à vivre.
- Comme depuis toujours dans notre profession, l'avenir est incertain. C'est normal.
- Non ! Regarde autour de toi. Personne n'ose sortir de la Tortue maintenant. Je suis sûr qu'il y a là dehors au moins dix corsaires d'Europe qui n'attendent qu'une cible isolée. »

Qu'y avait-il à répondre à cela ? La vérité était pire encore. Le taux de mortalité des pirates avait au minimum triplé depuis quelques années. Le refuge le plus connu était encore celui de l'île de la Tortue, qui tenait les corsaires à distance grâce à ses deux cent canons, mais c'était une situation précaire qui, un jour ou l'autre, s'effondrerait.

« Hé, regardez ça ! Dacío est revenu.
- Où ça ?
- Là ! Il arrive. Hum, il ne respire pas la gaieté...
- J'appelle la serveuse. »

Dacío Eneas, le capitaine espagnol, venait de rentrer dans la taverne. Après avoir promené un regard sombre sur les tables, il avait repéré celle où ses amis étaient assis et s'y dirigeait.
« Serai-je le seul à être sorti ces derniers temps ?
- Dacío ! Comment vas-tu ?
- Je viens de passer quinze jours en haute mer, poursuivi par trois anglais au service de la couronne.
- Ah. »

Cette nouvelle acheva de saper le moral de ses compagnons. Ils étaient encore uen fois confrontés à la réalité ; leur métier de pirate était devenu trop risqué. Plus personne n'osait sortir. Et ceux qui sortaient revenaient comme Dacío : Les vêtements brûlés, un regard noir, et du sang sur la chemise.
« Ah ? C'est tout ce que vous pouvez dire ?
- On en a déjà parlé. Les pirates ne peuvent rien faire contre les marines de guerre...
- Si, évidemment qu'on peut faire quelque chose.
- Des sorties en force ? On a déjà essayé. Ça ne marche pas, ils rappliquent avec deux fois plus de bateaux que nous. »

En vérité, les marines de guerres n'avaient pas à se battre à six contre trois. Leurs bateaux modernes, bien armés et rapides, maniés par des matelots disciplinés, pouvaient se battre à un contre deux. Mais ils arrivaient toujours à avoir des renforts, et le combat devenait toujours plus inégal.
Mais Dacío Eneas venait d'avoir une idée.
« Et si ce n'était pas la quantité qui comptait, mais la qualité ?
- Davis était l'un des meilleurs pirates. Il parait qu'ils se sont mis à huit contre son vaisseau... Autant dire qu'ils n'ont pas faits de prisonniers. Maintenant, Davis est au fond de l'océan, comme tous ses hommes...
- Je ne parle pas de ce genre d'initiatives. Il faut réfléchir autrement. Les temps changent, de nouveaux moyens émergent. Nous allons nous en servir. »
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